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Interview : Pat Kalla, militant du Vivant

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Temps de lecture : 3 min

Pat Kalla réussit le pari qu’il s’était fixé : réunir un orchestre façon orchestre africain des années 60-70 pour faire danser les gens ! Le Super Mojo prend ses racines musicales en Angola, au Ghana, au Nigéria, au Cameroun… mais aussi à Lyon où le clan évolue. Bien des musiciens du Super Mojo sont passés par des groupes que l’on suit toujours de près au Sac à Son (The Buttshakers et Vaudou Game entre autres). On a voulu en savoir plus le fondateur de cette sacrée bande, ce conteur à la voix de velours et à la conscience éveillée.

Pat Kalla & le Super Mojo
Pat Kalla & Le Super Mojo  © Landry

Pour les Sacassonneurs qui ne vous connaissent pas encore, comment décrirais-tu votre projet ?

C’est un projet que j’ai monté il y a quelques années, pour ressembler un peu aux orchestres africains des années 60-70. Des orchestres où il y avait beaucoup d’instruments, un peu comme Franco et le Tout Puissant Orchestre Jazz ou encore Rochereau, Kabasele. Et même des orchestres du Nigéria et du Cameroun, Congo… Avec la spécificité de réunir des musiciens lyonnais et un chant en langue française. Notre 1er album est plus disco, le second plus hybride.

Tu fais de la musique depuis l’âge de 13 ans. Tu as commencé par un instrument en particulier ? ou le chant ?

J’ai fait du rap dans la rue quand j’avais 13-14 ans avec mon petit ampli et mon micro. Je m’étais fait un petit studio d’enregistrement à la maison avec deux postes cassettes. J’ai fait du piano aussi. À 20 ans, je suis devenu conteur. Ma grand-mère africaine me racontait des histoires quand j’étais petit et j’en ai fait une profession. J’ai cette double casquette de chanteur et conteur. Mon grand-père était pasteur donc j’ai aussi grandi avec la parole de sagesse.

Tes influences sont donc directement liées à ton enfance. Ton père faisait de la musique makossa. C’est comme ça que tu es tombé dedans ? Voilaaa m’avait parlé de l’influence qu’a eu Radio Nova sur son ouverture à la culture musicale, c’est aussi ton cas ?

Mon père faisait de la guitare makossa. Il avait grande une discothèque afro / musique noire et forcément cela m’a influencé. J’ai bouffé pas mal de disques makossa ! C’est une musique tellement difficile techniquement que les autres styles auxquels je me suis essayé m’ont paru plus facile rythmiquement ! Les radios libres oui aussi, on écoutait tous les rappeurs de l’époque. Lionel D, les premiers jams vocal de Mc Solaar. J’ai eu la chance d’avoir un bon patrimoine de la parole sous toutes ses formes. Je suis vraiment un passionné.

Nelle Eyoum & l’Orchestre Negro Styl de Douala – Muda Man

Les musiciens du Super Mojo sont bien connus à Lyon. Pour certains, ils sont passés par Vaudou Game, The Buttshakers aussi…Dowdelin avec qui tu as fait un feat sont aussi les voisins de studio de Peter Solo. Le monde de l’afro beat français puise-t-il sa source à Lyon ?

Je dirai afro / antillais en général. Vaudou game font un métissage d’afro beat, Peter Solo étant togolais. Les Dowdelin sont antillais. Nous, on fait une espèce de makossa mélangée à d’autres styles. Après il y a Joao Selva et Voilaaa aussi. On a la chance à Lyon d’avoir un vivier de musiciens afro. Il y a beaucoup de respect, on s’entend tous bien. Il y a aucune guerre de clan, on est solidaire, on se mélange. C’est assez sain.

Dowdelin feat Pat Kalla – Funky Chicken (sur l’Ep Poul Wélélé – 2019 – chez Underdog Records)

On n’arrête plus la musique Afro ! D’ailleurs, de nombreux labels ressortent des pépites enfouies comme par exemple Bongo Joe avec Africa Negra en avril dernier ou encore Analog Africa. Comment tu expliques ce phénomène ?

Il y a plusieurs facteurs je pense. Les enregistrements de l’époque étaient de super bonne qualité. Il y a des grosses caisses avec du grain et un son moelleux. Des instruments avec de fortes personnalités, de superbes mélodies. Puis les morceaux étaient liés au contexte de l’époque. Il est question à la fois d’émancipation et de choses dures liées à l’histoire. C’est bien de faire revivre ces artistes, faire connaitre leurs oeuvres d’une culture riche. A l’époque il y avait moins d’éthique que maintenant sur la diffusion de ces morceaux. Beaucoup d’artistes se sont fait spolier. Maintenant tout est mieux encadré et l’envie de faire plaisir au public comme aux artistes est là.

Artiste conscient plutôt qu’engagé d’ailleurs. Tu milites pour un éveil des consciences, tu es une sorte de porte-parole du vivre ensemble !

Le conteur est comme un philosophe qui t’ouvre une porte que tu prends ou non. J’ai pas envie d’être politisé. C’est plus une réflexion sur la vie, sur un sujet qui me soule. C’est par l’émotion qu’on peut s’activer.

Pat Kalla & le Super Mojo – Mon ami ( sur l’album Hymne à la vie -2021 – Sur Pura Vida Sounds d’Heavenly Sweetness).

D’ailleurs vous venez de sortir un titre clin d’oeil aux soignants : blouses blanches. Pourquoi il y a quelques mois et pas il y a un an ? C’est une manière de continuer les applaudissements aux fenêtres à 20h, une piqure de rappel (sans mauvais jeux de mots) ?

À la base, je l’ai juste écrit parce que ça me soulait ! J’ai des amis qui travaillent dans ce milieu, ils m’ont raconté ce qu’ils vivaient. Je l’ai sorti pour les gens qui avaient perdu leurs emplois, qui ont été jetés comme des malpropres. Sur l’obligation de vaccination, il n’y a eu aucune psychologie ni débat. Ce sont des gens normaux qui ont aussi des doutes comme tout le monde. Ils ont mouillé le maillot et mis leur vie en danger aussi. C’est pour leur rendre un peu justice que j’ai fait ce titre. Et évidemment pour ceux qui continuent aussi d’y travailler.

Pat Kalla & Le Super Mojo – Blouses Blanches (clip avec l’équipe hospitalière de Croix-Rousse à Lyon !)

Tu continues en parallèle ton projet Contes & Soul qui tourne depuis plus de 15 ans déjà. Avec un jeune public qui ne triche pas, aux émotions franches et spontanées. Pourquoi c’était important de continuer ce projet ?

Je conte dans les écoles, pour les enfants souffrant de handicaps ou dans les quartiers difficiles aussi. Il me manquerait vraiment quelque chose à n’être que musicien. Transmettre son art, donner aux autres et être un peu dans la société… Les enfants c’est l’insouciance, la légèreté. Et c’est un public extraordinaire! Nous, les adultes, on est plus dans la retenue, on se met des barrières, des carapaces. Les enfants sont sans filtre et leurs émotions sont décuplées. Quand tu es dans une salle avec 300 gamins qui crient et balancent leurs habits en l’air, il sont contents ! Et parce que j’ai encore une âme d’enfant…

Une sélection d’artistes qui te touchent en ce moment ou tes intemporels ?

*Sélection d’artistes de Pat Kalla. Suggestion de titre from la rédac’.

Vous nous préparez des choses ?

Oui plusieurs choses. On fait un remix de Président avec le bassiste Jim Warluzelle que j’ai un peu remanié également. Ça sort avec une vidéo live fin novembre. Aussi, mi-avril on enregistre le prochain album qui va être dans un univers angolais et haïtien. Un titre sortira avant l’été et l’album en automne prochain. Je serai aussi sur deux titres du prochain album de Guts que l’on a enregistré au Sénégal. Il est trop lourd cet album !

Retrouvez Pat Kalla et Le Super Mojo sur Youtube, Spotify, Facebook, Instagram, Deezer et sur le label Heavenly Sweetness

Ecrit par :

Roxane Puthontheredlight / J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.

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