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Interview: Voilaaa, une touche de fraîcheur bien engagée

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Temps de lecture : 3 min

Ici pas de photo et pas de promo. Voilaaa, ça se danse et ça se vit avec Voilaaa Sound System. Depuis 2006, Bruno « Patchworks » Hovart, fondateur de Voilaaa, nous partage sa passion pour un style très pointu, l’afro disco. Alors que depuis 5 ans la musique africaine fait salle comble, Bruno, lui se réjouit de voir l’avénement de cette culture dont il n’est plus le seul étendard en France et invite volontiers sur scène des artistes comme Pat Kalla, Lass, ou David Walters dont il nous parle aujourd’hui. En février il sort Voiciii, troisième volet de cette aventure toujours aussi festive et dansante pour notre plus grand plaisir.

image prise ici
Pour les Sacassonneurs qui ne te connaissent pas encore, qui est Voilaaa et Voilaaa Sound system ?

Il y a Voilaaa où je fais intervenir des chanteurs sur de la musique que je compose et que je produis seul avec tous les instruments. Mais ça ne se limite pas qu’à ça. Les inspirations pour composer cette musique me viennent principalement d’expériences sur scène que j’ai avec une deuxième entité qui s’appelle Voilaaa Sound System. Elle est composée de chanteurs, de djs et de moi-même, et le tout en impro. C’est de là que viennent les idées de futurs morceaux qui finiront sur les disques. Donc sur scène, un projet collectif, et sur disque un projet assez solitaire. Ce qui nous différencie un peu de la scène afro-disco parisienne c’est qu’on ne sample pas. Parfois des rythmiques, des percus mais en aucun cas on ne met un truc en boucle.

Voiciii est sorti sur le label parisien Favorite Recordings, label très orienté soul funk jazz des 60’s-80’s. Entre vous c’est une histoire de confiance, d’amour ?

Effectivement c’est une vraie histoire sur le long terme. Ce label s’est monté 2007 avec un ancien lyonnais de mon quartier actuel et qui est maintenant sur Paris. Il y a donc une partie business gérée par Pascal et moi au studio pour l’artistique, à Lyon. Depuis 2007, il y a un disque sur 3 du label qui vient de chez moi. On a réussi à faire perdurer cette collaboration fructueuse et fidèle dans une totale confiance.

On retrouve Pat Kalla et Lass des précédents albums, mais aussi avec David Walters qu’on voit partout depuis deux ans ! Comment est née cette nouvelle collab ?

J’ai produit l’album de David Walters (sorti chez Heavently Sweetness). Parfois, il vient faire des impros quand il est dans le coin lors des soirées avec Voilaaa Sound System. Cela a débouché sur un vrai morceau ensuite. David Walters c’est le cousin ! Pat Kalla c’est l’avant-centre et Lass c’est le milieu de terrain ! On peut permuter, les postes sont interchangeables.

Voilaaa – LIMYÈ-A (feat. Lass, David Walters & Pat Kalla)
Des titres certes hyper feel good, dansant et invitant au voyage, mais Voilaaa c’est des titres très engagés aussi. Le message est aussi important que la musique ?

La musique est un super moyen de sortir des messages simples. Par ailleurs oui, on est très engagé et parfois sur des concepts très intello mais on ne peut pas poser ça sur de la musique, surtout quand elle a pour vocation d’être dansée. Mais c’est vrai qu’on aime tout simplement bien utilisé du mot pour faire passer nos messages. On ne veut pas être des donneurs de leçons, mais des messages qui passent en rigolant sont forcément mieux pris et intégrés. Et il y a souvent du second degré.

Et justement François va te laver, c’est pour qui ?

On parle d’un enfant qui a une hygiène très discutable et qui ne comprends pas pourquoi il est ostracisé. C’est clairement un parallèle avec l’affaire Fillon lors des dernières présidentielles. Nous, ça ne nous intéresse pas de dire « Fillon enculé »! On peut essayer par le travail des mots d’adapter un discours un peu plus fin. La France sur l’album précédent est issue d’une histoire vraie. Ce sont les propos d’un enfant qui ne comprenait pas pourquoi Le Pen père et/ou fille disait sans arrêt « la France tu l’aimes ou tu la quittes ». L’idée, c’est du second degré. On peut danser et rigoler avec ça tout en étant conscient. La rigolade est un outil.

On te considère comme pionnier du style afro-disco en France début 2000. Comment est née cette passion pour ce style très pointu ?

J’avais 6 ans quand Mitterrand est arrivé et que les radios libres étaient possible en France. J’habitais en Région parisienne et radio Nova commençait à émettre, avec des gens très important dans l’histoire de la musique en France comme Jean-François Bizot et Rémy Kolpa Kopoul. J’ai eu l’occasion d’entendre des grands de la musique africaine comme Ali Farka Touré, Fela Kuti et Manu Dibango encore plus car habitant en France, on le voyait souvent dans les médias.

Bien sur j’ai écouté Dylan, Neil Young etc mais je pense que j’étais plus averti que la moyenne sur ces rythmiques africaines. Après, j’ai commencé à faire pas mal de house et de disco, deux courants qui existent aussi en Afrique. Je vais pas m’amuser à faire de la musique hyper patrimoniale, c’est tellement profond que je ne vais pas m’y attaquer ! Et début 2000, en revenant d’un voyage au Mali, j’ai commencé à intégrer de tout ça dans ma funk et ma disco.

Beaucoup d’artistes africains ou imprégnés de cette culture musicale africaine ont émergés à la face du monde, je pense à Songhoy blues, Guiss Guiss Bou Bess, Supergombo, KOG, Pongo, Tinariwen dans un autre registre… tu te sens moins seul ?

Oui c’est clair que sur domaine-là il y a plus de monde qu’il y a 6 ans ! Mais tous ceux que tu as cité ont des démarches hyper intéressantes et originales. Je crois que cela correspond à notre monde d’aujourd’hui. Les projets de musique latine ne viennent pas forcément d’Amérique du Sud. Le meilleur défenseur de la pop turque actuellement c’est Altin Gün et ils sont hollandais ! Jusqu’à il y a peu, on avait une image assez folklorique des musiques africaines, assez récréative même. Je me réjouis qu’on ait dépassé ça. Et que l’image de Compagnie Créole et autre musique de mariage qui colle à la musique antillaise s’efface pour laisser place à une musique qui a un fond culturel très puissant. Peut-être que la mondialisation finalement – internet jouant beaucoup- permet de dégager une sorte d’anglocentrisme sur la question de la pop musique par exemple.

Vous préférez faire peu de date, la promo ne vous intéresse pas plus que ça, on vous voit peu sur les médias et quand on tape Voilaaa sur youtube, pas de clip ! Pourquoi ces choix ?

On a juste des clips en animation, peu de presse et quasiment pas de bio oui. Dans notre discours et notre manière d’aborder les choses, on défend l’idée que ce qui est important c’est ce qu’on fait et pas ce que l’on est. Moins on sait à quoi on ressemble, plus on s’intéresse uniquement à la musique. Il faut que les gens se foutent de Bruno et s’intéresse uniquement à Voilaaa. C’est ça la démarche, un peu à contre-courant de ce qu’on peut faire aujourd’hui.

Quelques titres et artistes que tu nous conseilles?
Sélection Voilaaa mai-juin 2021

Pour écouter les autres albums et projets de Voilaaa c’est ici et ici et les projets de Bruno aka Taggy Matcher aussi. On retrouve Voilaaa Sound System sur scène au Wild Summer Festival à Castelnau-le-lez le samedi 3 juillet (et la veille David Walters!), on sera au rdv!

Ecrit par :

Roxane Puthontheredlight / J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.

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