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The Inspector Cluzo, en quête de son, en quête de sens


Temps de lecture : 3 min

Un Sunday Morning avec comme point de départ le sublime concert du samedi 8 février, à Paloma (Nîmes). Comme il y a beaucoup à dire sur The Inspector Cluzo, le live report se mue en article plus complet.

Les fondamentaux

Ce groupe est un duo français, gascon plus précisément (le terroir a son importance, on y reviendra) composé de Laurent Lacrouts (guitare et chant) et Mathieu Jourdain (batterie). Ils se sont rencontrés au lycée à Mont-de Marsan en classe prépa scientifique.
Un premier album est sorti en 2008. On peut parler de rock fusion, groovy, on peut penser aux Red Hot Chili Peppers (du début), Fishbone pour qui Laurent et Mathieu avaient ouvert en tournée quelques années auparavant avec leur groupe précédent Wolfunkind ; on retrouve même deux featuring de Fishbone sur ce premier album. Et on peut citer comme autres influences Pearl jam, Rage against the machine
Point important : auto-produit, indépendant, le duo crée son propre label Fuck the bass player. Car eh oui il n’y a pas de bassiste et pour ce style de rock, c’est osé.
Au Sac à Son, on les a découverts avec leur deuxième LP French bastards (2010). Extrait :

La conquête

L’accueil est bon … surtout à l’étranger, en Europe et au Japon. Car oui en France le rock fusion n’a plus le vent en poupe pour la presse musicale qui ne va pas s’emballer. Les albums, les tournées dans le monde entier s’enchaînent pendant 10 ans : 65 pays visités dont la Chine, l’Afrique du Sud, le Chili … (ces seconds marchés négligés par les majors), des festivals et pas des moindres et les Etats-Unis où ils ouvrent notamment pour Suicidal Tendencies.
La reconnaissance en France a fini par arriver mais par le public d’abord. Logique pour ce groupe qui a toujours revendiqué de rester à l’écart du milieu musical et a préféré sillonner le pays sans relâche. Avec comme mot d’ordre un DIY revendiqué, sans concession : pas de tourneur, pas d’agent en France, et une parole libre. Ce qui leur a valu quelques déprogrammations de gros festivals.

En 2016 sort Rockfarmers, un album où les sonorités vont s’aventurer avec bonheur vers le rock psyché sur plusieurs titres (comme le très bon Abu, qui n’est pas sans rappeler le style de Maggot Brain de Funkadelic) et vers le blues aussi. Mais ça groove toujours comme sur Romana.

Sur We the people of the Soil au printemps 2018, cette évolution se confirme : un rock très bluesy, la présence de cordes. Un disque enregistré à Nashville en analogique par Vance Powell (qui travaille avec Jack White sur son label Third Man Records).

Une réussite avec un nombre impressionnant de tubes en puissance et la belle ballade Little girl.

Et la bonne nouvelle : en 2019, ils débarquent au festival Tinals (Nîmes). Leur performance hyper énergique sur la grande scène en début de soirée a conquis le public. Nous y compris et le staff à qui ils offrent leur confit maison. Car parlons-en, ces rockers sont aussi fermiers.

La ferme !

En 2013 le duo a acheté une ferme en Gascogne. Ils y produisent des légumes, y élèvent des oies. L’objectif : être autosuffisant, utiliser le savoir des anciens, promouvoir le manger local. Un documentaire intitulé  « Rockfarmers » explique cet engagement, ce mode de vie.

Attention ces globe-trotters sont tout sauf régionalistes et donneurs de leçons. Ils expliquent simplement leur façon de vivre, l’importance de leurs racines, de leur terroir gascon mais aussi et surtout  des échanges, des rencontres lors de leurs voyages.

D’ailleurs c’est suite à une tournée à l’automne 2018 (une trentaine de dates aux USA, principalement dans le Midwest) qu’ils rencontrent notamment à Nashville la violoniste Eleonore Denig. Et l’idée germe d’enregistrer de nouvelles versions acoustiques des titres de We the people of the soil (tous sauf un). Ce sera fait en 4 jours toujours avec Vance Powell.

Après plusieurs singles, l’album BROTHERS IN IDEALS, sort en janvier 2020.
En extrait : A man outstanding in his field

L’essai transformé

Ces excellentes nouvelles versions sont présentées en live sur une tournée unplugged.
Ainsi on en vient au concert de samedi 8 février dans la grande salle de Paloma. Version tout assis pour un concert acoustique donc : les deux lascars, la violoniste Eleonore Denig, la violoncelliste Melodie Chase et au clavier Eric Montgomery.
On va avoir le droit à plus d’une heure et demie de musique qui va nous embarquer vers les sommets, le tout sous de très belles lumières.
Les arrangements, les harmonies sont superbes. Une succession de belles chansons, avec des moments d’émotions très forts.
En bonus une reprise de Neil Young « Hey hey my my » ; et en rappel « Little girl » pour conclure.

Le tout, en gardant l’humour, le rapport détendu avec le public. Ils transmettent leurs valeurs simplement, naturellement, dans leurs chansons et aussi entre les morceaux. Par des anecdotes sur leurs rencontres, leurs tournées, à base de références rugbystiques, gastronomiques. En offrant des tartines de rillettes d’oie maison au public par exemple. En restant discuter après le concert avec les spectateurs, accessibles, sympas.

Donc non ce n’est pas une tournée suicide commercial comme ils le disent avec autodérision sur scène ; les retours des fans de la première heure sont très positifs.
Tout le monde, nous y compris, a l’air conquis par ces adeptes du beau jeu qui nous ont offert une très belle soirée.

Bref un sans-faute, The Inspector Cluzo en route pour le grand chelem : le son, le sens.

Photos : Separici Lasortie

Ecrit par :

Jérome Pifunk / Chroniqueur : Sunday Morning, Playlists du lundi. Et mon petit kif, préparer et animer les Soundclashs sur notre page Facebook tous les mercredis à 11h! Co-animateur de notre émission radio sur Raje.

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