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SM Kaytranada

Kaytranada, des boilers aux Grammys

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Temps de lecture : 3 min

Mars, surnommé le mois des fous par un vieux dicton provençal sonnerait presque juste.

Un vent de folie et de retour à l’envie souffle à nouveau. Signes de reprise à une vie presque normale, on renoue avec les autres, revoit des visages amicaux et des beaux sourires dans la rue. On partage des moments de célébration, un verre ou un concert. Et on se remotive à flirter avec l’insouciance à l’approche des jours plus doux, quitte à manger des pâtes pour le reste du mois. On remercie le soleil qui s’invite enfin à nos fenêtres, les rires s’entendent volontiers aux soirées, et la danse évidemment en tête de liste !

Redanser avec l’autre, repartager ce moment d’exaltation et de transe qui nous avait tant fait défaut. Puisque ses titres ne m’avaient pas quittés dès que le moral était en berne, il était évident de passer ce moment avec Kaytranada. Lui qui n’a pour seule ambition de faire danser les gens. Si son premier nom de scène Kaytradamus en référait au prophétique, Kaytranada s’annonce comme un mantra indien.

Kaytranada
Kaytranada – Instagram

De Kaytradamus à Kaytranada

Kay est pour Kevin et Nada pour Canada où il a grandi et vit aujourd’hui. Finalement, c’est grâce à ces températures proche du cercle polaire que Kaytranada se barricade dans sa chambre à 14 ans pour assembler ses premiers sets et remixs. Une façon remarquable de tuer le temps quand d’autres ont choisi les manettes. A cette époque, il écoute les classiques du Rap Us 2000 et 90’s qui deviendront une source incontestable dans sa musique. C’est avec un simple logiciel qu’il utilise encore aujourd’hui que la magie opère. Un mélange de house-club, basée sur des beats funky, une rythmique très simple, joviale et un vocal lead très rnbïsé.

Kaytranada – Fantasea

Pour comprendre son univers, il faut recontextualiser Montréal début 2010.

Il va rencontrer une large communauté de djs, passionnés pour un travail de la musique inédit. Ensemble, ils tiennent le début d’un style très florissant. Le club Artbeat est le lieu initiateur de live sessions publiques. On y rencontre la crème des beatmakers locaux, qui expérimentent, dans un esprit Jam en sorte.

Au Canada, on parle de « Piu Piu » musique (cri de l’oiseau ou de laser). La paternité du terme revient à Vlooper, beatmaker d’Alaclair Ensemble qui sur le ton de la blague lance cette onomatopée pour décrire ses morceaux. Très emprunt à la house californienne et celle de détroit, et carrément aux frontières de la scène anglaise, la piu piu est décrite par ses pratiquants comme un moment de partage et de création en live. On regarde son public, on voit si la mayo prend et on pousse l’expérimentation. Interrogé sur ce style dans le documentaire Piu piu, a film about Montreal beat (2012), Kaytranada explique que c’est un genre de musique, une communauté. Il y a différents niveaux de Piu piu et le level one, c’est le sien, très hip hop. Assez étonnant d’entendre des beats de Kaytranada sur du rap canadien! Il changera son nom définitivement en 2013 pour repartir sur une page blanche.

Le premier album Kaytra Todo en 2013 est très down tempo, presque lo-fi sur les bords. On pense à des artistes comme l’australien Ta-ku ou Madlib. Une atmosphère chic et élégante, smooth et jazzy se dégage du titre Hot Jazzybelle et montre les prémices de ce que deviendra son projet artistique instrumental.

Kaytranada -Hot Jazzybelle

Des boilers aux Grammys

De la scène aux people, les albums très remarqués par l’ensemble de la communauté musicale gratifient Kaytranada de récompenses. Depuis 2016 avec l’album 99,9% et plus récemment avec l’album Bubba, sur lequel on retrouve son titre phare 10%, est nommé 3 fois aux Grammys, gagnant 2 titres. Il devient quasi incontournable. À ses côtés, les artistes les plus côtés de cette génération des scènes hip-hop, rnb et funk entre Masego, Pharell Williams, Estelle, Craig David ou encore Anderson Paak. Le feat avec Kali Uchis reflète une certaine nostalgie pour des sons 90’s-00’s. On retrouve la signature de K, son amour pour les beats groovy et des pointes house précises. Kali s’adresse directement à l’industrie musicale en demandant où est passée sa comm (10%) et pourquoi on lui fait subir ça !

Kaytranada – 10%

Issu du même album, le titre Puff lah est un de mes titres préférés. Très court, presque au rang d’interlude. Une instru basique, presque trop en première écoute mais dont la construction se révèle plus complexe et recherchée. On est tout de suite envahi par un hochement de tête à la cool.

Kaytranada – Puff Lah

Dernier EP Intimidated

Il aurait pu s’endormir sur ses lauriers et sortir un Ep décevant, redondant, ou pire, empli de feat pour l’image et le prestige. Mais l’Ep Intimidated paru en toute fin 21 fait signe d’élégance. Il y a une grande pertinence de ses choix de collaborations. Lui dont le sourire était presque gêné dans ses premières apparitions de clip, s’affirme aujourd’hui avec une grande humilité.

En s’entourant de Thundercat sur Be careful (à retrouver sur la playlist No Sales), H.E.R sur le titre Intimidated, et le rappeur Mach-Hommy sur le troisième titre $payfortahiti, il assoit son style avec aplomb et montre en trois morceaux l’étendue de son talent. Funk, Rnb et Hip-hop à l’honneur.

Pour ce dernier feat, cette rencontre est encore méticuleusement choisie. Tous deux d’origine haïtienne, peu étonnant que les lyrics pointent sur le créole. Ce morceau fait écho à l’album du rappeur sorti en mai 21 Pray for Haïti.

Kaytranada – $payforhaiti feat Mach-Hommy

Avec cette nouvelle pépite, on a déjà hâte d’entendre le prochain titre ou album, soyons gourmands. La barre est manifestement haute, mais Kaytranada a cette facilité à nous surprendre encore et toujours.

Retrouvez Kaytranada sur les réseaux Instagram, Facebook, Youtube, Deezer, Spotify.

Ecrit par :

Roxane Puthontheredlight / J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.

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