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Joy Denalane, Love & Soul

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Temps de lecture : 3 min

Parfois un album est une belle surprise, il correspond exactement à ce dont on a envie. On accroche immédiatement, on l’écoute en boucle. Il nous procure instantanément du plaisir, de l’émotion.
C’est le cas pour “Let Yourself Be Loved” de Joy Denalane sorti en septembre dernier sur le label Motown (qui est maintenant une sous-division Universal mais quand même la magie du nom opère toujours …).

Justement c’est un album dans la plus pure tradition de la Soul, avec quelques touches de funk mais sans pour autant chercher à sonner vintage à tout prix. Les chansons y abordent l’amour évidemment mais aussi des thèmes plus sociaux. L’étiquette Motown est donc parfaitement adaptée.

De surprises en surprises

Surprise d’abord car on avait perdu de vue la chanteuse depuis 2006, année de la sortie de son album Born & raised. Et aussi car le style était néo-soul, hip hop (comme l’attestaient les feat de Lupe Fiasco , Raekwon …). Pour se rafraîchir la mémoire le titre Change feat Lupe Fiasco :

C’est par ce disque qu’on l’avait découverte. On était tombé amoureux de cette voix grâce à quelques titres très réussis dont l’engagé « Soweto 76-06 » (à retrouver dans notre playlist Sans frontière).

En creusant un peu à l’époque, autre surprise, Joy était allemande (Berlinoise) et faisait carrière avec succès dans son pays natal ainsi qu’en Autriche et en Suisse. Elle avait en effet sorti un premier album en allemand en 2002.
Une première version du titre Soweto y figurait avec Hugh Masekela trompettiste Sud-Africain qui n’est autre que son oncle ! En effet  le père de Joy est Sud-africain et sa mère allemande. Autre collaboration sud-africaine de poids sur ce disque avec les Mahotella Queens.

Joy a donc toujours baigné dans la musique. A 19 ans elle signe dans une major mais elle est en désaccord avec la direction artistique envisagée, elle quitte le navire et Berlin pour Stuttgart.
Elle y rencontre la scène hip hop locale et le groupe Freundeskreis avec qui elle chante. Le leader Max Herre devient son compagnon et producteur.

Un featuring pour un single de Common en 2005 et une tournée internationale qui passe par  New York et Philadelphie la font remarquer et conduisent Joy et Max à enregistrer Born & Raised entièrement à Philadelphie. Très bon accueil critique, mais le succès hors Allemagne n’est pas fou.

Avouons que la suite nous a échappé, à savoir deux albums en allemand dont Maureen en 2011 qui sortira aussi en anglais un an plus tard. Le succès ne dépasse pas les pays germanophones. Il est vrai que la soul, le RnB en allemand sonnent un peu bizarre à nos oreilles mais la voix et la qualité globale des prods sont toujours là.

La cerise Motown sur le gâteau

Joy a commencé à travailler sur “Let Yourself Be Loved”  en 2015, à New York avec un groupe de producteurs. 15 titres sont écrits. Mais l’expérience ne lui donne pas entière satisfaction. Elle rentre en Allemagne et passe à un autre projet (son 4ème album Gleisdreieck qui sort en 2016). En 2017 elle décide de retravailler ces 15 titres mis de côté. Cette fois elle fait appel à son ami pianiste de jazz Roberto Di Gioia. Et là, la communication est parfaite. Tout s’enchaîne.

Un de ses collaborateurs lui propose de présenter son travail à Motown. Elle dit ok sans y croire. A sa grande surprise, le label est intéressé et lui propose même un duo avec l’artiste maison BJ the Chicago Kid.
Un second duo avec le chanteur texan CS Armstrong donne le meilleur titre de ce disque, le sublime « Be here in the morning ». Voici sa version Colors :

Joy aborde donc le thème de l’amour : ses blessures (« Wounded love »), les difficultés que l’on rencontre dans une relation amoureuse, et qui peuvent parfois la sublimer lorsqu’on réussit à les surmonter (dans « Hey dreamer« ).
Autre thème, autobiographique : la solitude, le chemin à parcourir pour s’accomplir surtout lorsqu’on est métisse en Allemagne et qu’on se sent toujours appartenir à une minorité.

Musicalement, on retrouve des références, des citations, comme des hommages à différents grands artistes Soul. L’intro de « The ride » fait penser à Marvin Gaye. Ce qui est impressionnant c’est la capacité de Joy Denalane à embrasser tous les styles :
– ballade touchante « Hey dreamer », sensuelle à la Minnie Riperton sur « Let yourself be loved »
– titres très up tempo et énergiques à la Aretha comme « I gotta know », « Put in work »
– groovy et imparable comme « Stand » ou « Top of my love ».
La résonance est donc totale avec la musique soul américaine de 60’s et 70’s.

Joy parvient à porter cet héritage tout en insufflant sa personnalité, son histoire. Un travail sincère, honnête, servi par une voix exceptionnelle. Le résultat est un album réussi, qu’on écoute et réécoute parce qu’il nous procure du plaisir, de l’émotion et de l’espoir aussi. Et on en a bien besoin, alors ne vous en privez pas !

Photo de couverture : Agnès Lortho

Ecrit par :

Jérome Pifunk / Chroniqueur : Sunday Morning, Playlists du lundi. Et mon petit kif, préparer et animer les Soundclashs sur notre page Facebook tous les mercredis à 11h! Co-animateur de notre émission radio sur Raje.