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Interview: Vote for Dombrance 2021!

Jamais je n’aurais cru un jour m’extasier sur Raffarin, beugler François Fillon, et transpirer Poutou. C’est chose faite avec Dombrance et sa campagne électrorale lancée en juin dernier avec son Ep Poutou.

Dernièrement, il a sorti Biden feat Adrien Soleiman, qui vient de gagner les élections américaines. Il s’attaque à l’international avec Make America Dance Again qui sortira en Janvier. Retour sur cet artiste militant, n’ayant qu’un seul point à son programme : faire danser les gens.

Peux-tu te présenter pour les sacasonneurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je suis musicien, producteur, je fais des chansons et des morceaux pour faire danser les gens.

« J’ai pu m’exprimer sur des sujets un peu différents. On est passé du terrain de jeu au terrain d’expression »

Comment t’es venu cette idée de campagne musicale?

C’est parti sur une journée où j’étais en studio, je travaillais sur un nouveau morceau et je jouais du synthé. J’avais l’impression qu’il me disait François Fillon c’est François Fillon. Ça m’a fait rire! J’ai voulu aussi faire rire mes amis en faisant une petite vidéo. Au départ c’était une blague et puis très rapidement, le lendemain, j’ai commencé à avoir d’autres idées et j’en ai fait plusieurs. Dans chacun de mes titres il n’y a que le prénom et nom d’une personnalité. C’est la musique qui va trouver un angle et raconter quelque chose.

En fait Fillon, Raffarin, Obama, c’est des mots, des sonorités comme les autres ?

Exactement! C’est ça que j’aime bien. C’est quand la voix devient un élément d’arrangement, comme un synthé, comme un élément gimmick qui va revenir dans le morceau. Je m’amuse à placer la voix différemment suivant l’envie, l’humeur et ce qui me parle. Au départ, il y avait quelque chose de ludique, presque du niveau de la blague et puis on s’en est éloigné. J’ai commencé à ouvrir le spectre de travail et la palette d’émotion a commencé à s’élargir. J’ai pu m’exprimer sur des sujets un peu différents. On est passé du terrain de jeu au terrain d’expression.



Après avoir vu Taubira en Boudha et Poutou à toutes les sauces sur les remix (on adore la version Sm sur le remix de Damon Jee), je me demande comment va être mangé Trump ! Tes clips sont des illustrations d’Olivier Laude et Jean-Baptiste Brégon pour l’animation…Tu peux nous en parler ?

Une fois que j’ai commencé à faire mes morceaux j’avais vraiment à cœur de trouver une identité visuelle forte. J’avais des souvenirs du magazine Brain qui utilisait souvent des caricatures et des dessins de politiciens. Je les ai contactés et c’est eux qui m’ont orienté vers Olivier Laude. J’avais déjà vu son travail sans y mettre de nom. Dès qu’on s’est rencontré, ça a été le coup de foudre artistique. On s’est tout de suite compris. Le premier travail qu’il m’a envoyé (Raffarin), c’était exactement ce que je recherchais et depuis on n’arrête pas de s’amuser, je suis très fan de son travail.

« c’est une mise en abîme, un degré de lecture au service d’un vrai message qui est basé sur la musique, la fête, sur des valeurs qui sont importantes pour moi et que j’essaie de véhiculer avec ce projet. »

Dans l’émission Coté club de Laurent Goumarre le 10 novembre sur France Inter, tu disais que les politiques ne t’avaient pas fait de retour sur l’utilisation de leur nom pour ta musique. J’ai eu Philippe Poutou sur Messenger (ouais c’est ouf !). T’en penses quoi?

Je trouve ça super ! Philippe Poutou c’est une des seules personnes à qui j’aurais pu demander ou en parler en amont en me disant qu’il aurait peut-être pu répondre. Mais c’est ce que j’adore chez Philippe Poutou : son franc parler. Ça m’intéresserait d’en parler avec lui. Je pense que mon projet va un peu plus loin que du potache. Les gens qui me suivent, voient un peu les différents degrés qu’il y a autour. Poutou est sorti à un moment un peu particulier (la veille de son élection à Bordeaux).

C’était un moment de liberté retrouvée où l’on sortait du confinement. Il y avait quelque chose d’un peu libératoire. En concert, dès que je joue Poutou, il y une forme de sympathie qui se créée. J’apprécie ce qu’il t’a dit d’ailleurs! On pourrait me reprocher que j’utilise l’image d’une personne pour vendre ma musique… Mais j’estime que les personnalités politiques jouent avec leur image et j’ai un certain droit à jouer avec ça, comme une sorte de travail de pop art.

Que ça soit dans le travail d’Olivier ou dans mon travail, c’est une mise en abîme, un degré de lecture au service d’un vrai message qui est basé sur la musique, la fête, sur des valeurs qui sont importantes pour moi et que j’essaie de véhiculer avec ce projet.



J’ai eu l’occasion de te voir deux fois cet été (au festival Rock in the Barn en Normandie et chez des amis). Tu as pris -à ce qu’il paraît- un certain plaisir à faire des soirées privées, ça va devenir plus récurrent ?

J’ai adoré le faire, et au-delà du fait qu’il n’y avait pas trop le choix par rapport à la situation sanitaire. J’avais envie de continuer à  jouer et les gens en avait besoin également. J’ai vécu des trucs incroyables! Je pense que ça a toujours été un petit rêve. J’aime beaucoup la fête et la musique. Je pense que c’est des choses qu’on met au second plan, non essentiel, et moi je pense totalement l’inverse! Après bien sûr, la gestion de la crise sanitaire, il faut la respecter.

Quand on est en format concert, tu rencontres les gens des salles et c’est super, mais tu rencontres pas forcément les gens qui écoutent ta musique. Là c’est vraiment, je débarque, je connais personne et puis à la fin, on a passé une bonne soirée ensemble. Je continuerai à le faire parce que j’y ai pris beaucoup de plaisir. Tout ça est arrivé complètement improvisé et c’est là où mon projet prend un sens. Jouer chez les gens est intimement lié à ce projet. Quand t’es un groupe c’est compliqué, en terme logistique, de coup et j’aurais pas pu le faire.

« Au lieu de croire en la politique, il est temps de croire un peu plus en nous et de ce qu’on est capable de faire chacun d’entre nous, au niveau local ou international. »

Ça te permet aussi de tester aussi de nouvelles choses lors de ces soirées, avec des regards différents (autres qu’amis, famille ou label)…

Je crois honnêtement que c’est quelque chose qui me permet de garder la foi dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui on est dans une période tellement angoissante, stressante à tellement de niveaux que le fait de se réunir avec des personnes qu’on ne connait pas et de passer ce moment là c’est pour moi quelque chose d’hyper important. C’est ce que je pense de la culture et de la scène en générale. C’est important de se dire qu’on peut partager des choses avec les gens même si on se connait pas, si on parle pas la même langue. Je suis parti tout seul jouer Colombie ou au Mexique par exemple.

Je suis un militant humaniste et je pense que l’avenir se dessine là. Et c’est pour ça que j’utilise des politiques. La politique c’est nécessaire mais extrêmement déceptif. Je ne crois pas à l’élu, à la personne qui va sauver la France ou va sauver le monde. Diriger un pays ou une ville c’est complexe. Au lieu de croire en la politique, il est temps de croire un peu plus en nous et de ce qu’on est capable de faire, chacun d’entre nous au niveau local ou international.

Ce qui est intéressant dans les gens que j’ai rencontrés cet été, ils étaient très souvent extrêmement actifs en tant que citoyen ou dans la communauté. L’avenir va se construire par nos actions et pas par nos prises de positions. Le vote est nécessaire mais c’est bien peu de chose pour faire bouger une société. Mon projet va de plus en plus mettre en valeur ce genre de chose.

Le spot de ouf où tu aimerais jouer ?

Une plage avec des cocotiers. Je rêve de ça.

Tes 5 titres du moment? 



Des prévisions de lives confinés encore ?

J’ai organisé un dernier live sur le dernier morceau Biden, qui sera un peu différent de ceux du 1er confinement (très spontané dans toute les pièces de la maison). Pour ce deuxième confinement, j’ai pas la même vision des choses. Le morceau Biden est un peu la B.O de ce qu’on vit en ce moment. Je prépare une version live plus travaillée.

Sinon L’EP sort en Janvier (Make America Dance Again). La vidéo Biden vient de sortir aussi, et y’aura pleins d’autre surprises avec les autres titres…



Je n’hésiterai pas à aller voter Dombrance lors de la sortie de son nouvel album. Dans une perspective optimiste, plus décidée que jamais à refaire la fête encore et célébrer la vie.

Roxane Puthontheredlight / Chroniqueuse Sunday Morning/Interview. J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.

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