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Interview: Les nouveaux horizons de Degiheugi

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Temps de lecture : 3 min

A la rédac’ du sac à son, on a notre Jérôme Pifunk et sa chronique Le sac à samples que tout le monde nous envie. Cet autre Jérôme ne s’attendait pas à un tel engouement quand en 2015 il sort Endless Smile. Degiheugi, beatmaker devenu incontournable et dont les galettes s’arrachent à prix d’or sur Discogs, a récemment sorti Let me down qui figurera sur son prochain album Foreglow prévu pour avril.

Que ce soit pour des albums solo ou ses collabs, il émane de ses samples une grande poésie et une sensualité aux accents torrides même. Aujourd’hui il a choisi de rompre avec les « codes » sur lesquels on l’attendait pour nous proposer quelque chose à l’image du monde d’aujourd’hui, plein de rebondissements.

Salut Degiheugi, tu peux te présenter rapidement pour les sacasonneurs qui ne te connaissent pas encore ?

Degiheugi, beatmaker depuis 2005 environ. J’ai commencé en tant que dj dans un groupe de rap. Petit à petit je me suis mis à la prod et j’ai sorti mon premier album en 2005. Là le 8ème devrait sortir très prochainement.

« J’ai toujours fait ça dans un pur esprit de travailler avec les gens que j’apprécie. »

J’ai lu dans une itw que the L.S.A Theme était le morceau qui te représentait le plus, c’est toujours le cas aujourd’hui ?

On va dire que le nouvel album est plus joyeux. Je ne sais pas si c’est mes envies de voyage durant ces dures périodes qui m’ont poussé à faire quelque chose d’un peu plus solaire. Peut-être que L.S.A Theme est le plus représentatif de l’ensemble de mes albums. Mais ça serait pas du tout le cas pour le dernier qui est nettement plus up tempo…

Récemment on a entendu le feat avec Al’Tarba avec qui tu partages beaucoup de similitudes comme The Architect aussi… Depuis cette sale histoire sur Le temps est bon avec un groupe dont je préfère taire le nom, tu fais deux fois plus gaffe à tes choix de samples et de collab non?

Al’Tarba x Degiheugi – La plage

Mes choix de collab non. J’ai toujours fait ça dans un pur esprit de travailler avec les gens que j’apprécie. C’est le cas avec Al’Tarba et si on est amené à faire quelque chose avec The Architect que j’adore également. Aujourd’hui je fais un peu plus attention au choix de mes samples oui, plus dans les règles de l’art si je puis dire. J’ai pas eu envie que cette expérience frustre mon choix de direction artistique. J’ai toujours fait la musique que j’avais envie de faire sans trop me poser de questions et j’ai pas eu envie que cette histoire change ma vision des choses.

Tu as sorti un album avec le rappeur Skap’1 Vertigo en 2020. Vous vous connaissez depuis un bail (j’avais vu passer Obscure clarté notamment il y a quelques années). Et ça vous a pris 5 ans de construire ce projet…

Skap’1 x Degiheugi x Cheeko – La vida loca

Oui parce qu’on est des gros feignants ahah. Plus sérieusement, on a commencé à faire ça quand on se croisait. Plusieurs après-midi passées ensemble, on se faisait un petit morceau. On en a cumulé 3-4 qui étaient pas trop mal et on a continué pour faire un Ep. On faisait vraiment ça en mode détente. Lui comme moi, on est assez pointilleux sur le résultat final donc ensemble ça compliquait l’aboutissement. Ҫa nous a pris beaucoup de temps mais on a toujours fait ça dans un esprit de rencontre, d’amitié et sans trop se prendre la tête.

« Je voulais un peu sortir du schéma de sampler de la vieille musique française ou de la Soul des années 70, ce qui se fait beaucoup dans le beatmaking. »

Dans Bagatelle de 2017, tu mettais en avant la thématique des relations homme-femme, leur beauté, les échecs, l’espoir. Ton nouvel album parlera de quoi ?

Degiheugi – Let me down

On est plus dans l’état d’esprit de quand on est posé tranquille devant un beau paysage et que la journée s’est bien passée. On a cette espèce de sensation de plénitude. J’ai essayé de retranscrire ça sur l’album, de façon différente, avec d’autres aspirations, en passant même par la musique brésilienne. C’est quelque chose que je voulais tenter parce que j’en écoute beaucoup au quotidien. J’avais envie de l’inclure dans ma façon de composer. Je voulais un peu sortir du schéma de sampler de la vieille musique française ou de la Soul des années 70, ce qui se fait beaucoup dans le beatmaking. Je souhaitais m’éloigner un peu de ça et j’avais surtout pas envie de me répéter par rapport à Bagatelle.

« Maintenant on s’habitue limite à voir des choses qu’on ne devrait pas. Ҫa illustre bien le grand n’importe quoi actuel. »

Je me sens terriblement privilégiée d’ailleurs puisque j’ai pu entendre en avant-première ton nouvel album. On est effectivement sur de nouveaux terrains de jeux, aux teintes très chaudes et festives mais aussi des sons beaucoup plus érotiques, avec des moments plus langoureux

Il y a toujours ça effectivement, c’est assez naturel pour moi de revenir sur ce terrain là. Et j’ai jamais envie de forcer le trait, de m’obliger à aller dans un style. Je me suis un peu emporté pour cette phase de composition dans cet album. Et selon les humeurs, les compositions ont un peu varié, reflet peut-être de cette année en dents de scie.

Tes 5 titres du moment

1-Madlib – Road to the lonely ones / 2-Hugo Kant – Before midnight tonight / 3-MF Doom , Badbadnotgood – The chocolate conquistadors / 4-Marlowe – Paydirt / 5-Nicola Son – Amanhã Jà Era

Au Sac à son, on est des grands sensibles aussi! C’est quoi le truc qui t’a ému, choqué ou rendu heureux dernièrement?

Le truc qui m’a choqué c’est ce qu’il s’est passé à Washington quand ils ont envahi le Capitole. J’ai trouvé ça tellement improbable! Au delà de la tenue du cowboy ahah, le fait que dans une si grande puissance mondiale des gens peuvent rentrer comme ça et faire n’importe quoi dans un tel lieu… Ça montre un peu tout le côté bancal de notre période. Maintenant on s’habitue limite à voir des choses qu’on ne devrait pas. Ҫa illustre bien le grand n’importe quoi actuel.

D’autres projets en cours, des trucs à venir?

Le second single Woman sort mi février. J’attends la sortie de l’album avec impatience! J’ai aussi une idée de projet avec un de mes MCs préférés sur la planète, et je suis vraiment très pressé d’attaquer. Pour l’instant j’en dis pas plus mais je suis très chaud!

On retrouve Degiheugi sur facebook, sur son site, bandcamp, youtube et insta.

Photo de couverture : Roxane Puthontheredlight

Ecrit par :

Roxane Puthontheredlight / J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.