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Interview: L’eigengrau électro de MANSFIELD. TYA

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Temps de lecture : 3 min

En ce dimanche, c’est Mansfield. TYA qui donne la messe.

Autour de textes aiguisés par des beats catchy et des cordes piquées, elles vivent d’amour, traversent des tempêtes, et chantent pour un ultime hommage. Rebeka Warrior et Carla Pallone nous livrent leur dernier album, Monument Ordinaire, qui contient probablement les plus beaux psaumes de leur liturgie électro.

5 ans qu’elles ne s’étaient pas retrouvées autour de ce projet. L’une a poursuivi son travail des cordes avec le trio VACΛRME, l’autre, le projet électro dancefloor Kompromat avec Vitalic. J’ai eu l’immense privilège de pouvoir leur poser quelques questions, la veille de la sortie de leur 6ème album.

Crédits:Théo Mercier, Erwan Fichon, Jérémy Piningre

On a toujours autant de plaisir à voir et entendre toute la complexité de vos influences pour vos albums. Des points de départ qui puisent dans votre culture, des souvenirs, des romans et poèmes… Qu’en est-il pour Monument Ordinaire?

Carla Pallone: Ça on ne se souvient plus ahah.

Rebeka Warrior: Oui il y un point de départ, un moment où je me suis faite opérer des oreilles. J’ai retrouvé l’ouïe peu à peu et j’ai écouté un morceau qui m’a donné envie de recomposer du Mansfield. TYA. En tout cas c’est un moment où les planètes s’alignaient et il était temps!

Carla Pallone: En fait c’est jamais trop prémédité. On fait un album, une tournée, et après on fait chacune nos projets. C’est le temps d’être prêtes à retrouver Mansfield.

Cet oxymore en titre d’album, c’est à l’image de vos musiques, des textes sombres portés par une musique festive et lumineuse. On passe par plusieurs sentiments quand on l’écoute : la nostalgie, l’amour, la résilience et combativité… C’est une forme de thérapie musicale?

Carla Pallone: C’est la petite absurdité de l’époque. Effectivement c’est notre album le plus dansant. Mais on ne peut plus trop danser en ce moment…

« J’avais aussi envie de donner plus de visibilité à des artistes qui n’ont pas toujours celle qu’ils devraient avoir »

Votre pochette est mise en scène par les plasticiens Théo Mercier, Erwan Fichou et Jérémy Piningre pour le graphisme. On y voit cette image forte comme à la fin du film Furyo de Nagisa Oshima où David Bowie est enterré vivant, la tête uniquement sortant du sable. C’était une carte blanche à Théo Mercier comme sur le précédent album?

Rebeka Warrior: Il a tellement carte blanche qu’il a trouvé le nom de l’album! C’est parfois compliqué pour nous parce qu’on n’a pas de recul après avoir fait 10-12 chansons. On n’a pas le recul nécessaire pour avoir une vue d’ensemble et trouver un titre. Théo, lui, il analyse les morceaux et il est capable de transformer visuellement ce que l’on a composé.

Carla Pallone: Moi je lui suis très reconnaissante parce qu’il apporte toujours sa patte. Là aussi, tout le côté minéral est aussi très présent dans son travail plastique. Il est aussi très attentif et attentionné à l’univers de Mansfield.

Rebeka Warrior: … Alors qu’il fait des pochettes horribles pour Sexy Sushi ahah. Non mais il sait très bien s’adapter.

Je fais ce parallèle avec ce personnage qu’incarne Bowie dans ce film où sont mises en avant les relations à l’autre, cet étranger, qui fait aussi partie du manifeste de ton nouveau label Rebeka, Warriorecords : « Queer, transféministe, anti-raciste et résistante« . Tu peux nous en dire plus?

Rebeka Warrior: C’était une volonté avec Carla, on avait envie de sortir notre album nous-mêmes. Nos idées se sont mêlées. J’avais aussi envie de donner plus de visibilité à des artistes qui n’ont pas toujours celle qu’ils devraient avoir. C’était important pour moi et l’album de Mansfield était aussi la bonne occasion.

Carla Pallone: On avait aussi cette volonté pour Mansfield de devenir un peu autonome, de pouvoir maitriser le calendrier, de fédérer autour du projet. C’est l’idée de se monter un peu comme une compagnie de théâtre. Et Rebeka avait aussi envie de monter ce label pour rassembler d’autres artistes.

Rebeka Warrior: Avec le temps on a développé des partenariats avec des gens du milieu de la musique qui sont suffisamment importants pour pouvoir faire le taf nous même.

« les collaborations, elles sont précieuses parce qu’elles apportent aussi des nouvelles façons de composer »

Cet album est le premier release du label. Vous vous êtes entourées de FanXoa des Bérurier Noir sur le titre Deux filles mortes et d’Odezenne sur Le couteau et Danse de mauvais goût. En quoi ça a été une évidence ces collabs?

Rebeka Warrior: FanXoa c’est quelqu’un que je suis depuis ma plus tendre jeunesse. Et Odezenne c’est un des rares groupes qui écrit des paroles qui me touchent réellement dans les choses contemporaines. Ça me paraissait normal de créer cette famille.

Carla Pallone: On a toujours eu cette démarche. Certes on est en duo et nous sommes souvent restées fidèles à cette formation de départ, en studio ou sur scène. Mais les collaborations, elles sont précieuses parce qu’elles apportent aussi des nouvelles façons de composer, des nouvelles musiques et des échanges qui sont très riches entre artistes.

« Revenir au français ou l’italien me permet plus de lyrisme »

FanXoa vous a offert la boîte à rythme originale des Béru, et Odezenne, ils vous ont offert quoi?

Carla Pallone : Ahah, c’est peut-être nous qui devrions leur offrir des trucs.

Rebeka Warrior: Oui Odezenne ils nous ont offert beaucoup. Je leur ai offert des livres de poésie, des haïkus, c’est ça de trainer avec des gens vieille France ahah. Ils nous ont offert leurs mots, leurs talent et un clip prochainement pour le titre Danse de mauvais goût, ça c’est un vrai cadeau… Avec un cheval, des grosses bagnoles, et un lit d’hôpital… On a hâte!

Mansfield.TYA feat Odezenne – Danse de mauvais goût

Des titres en italien, en français aussi… L’italien parce que c’est la langue de l’amour? Comment vous choisissez une langue sur un titre?

Rebeka Warrior: Je pense pas qu’il y ait une langue de l’amour. Les langues me permettent de chanter avec une intonation différente, comme le fait que Carla prenne le violon ou l’alto pour certains morceaux. Changer de langue c’est un peu changer d’instrument, un truc que je maitrise déjà un peu. Ça me permet de proposer des nouveautés.

Carla Pallone: C’est exactement comme les chanteurs lyriques qui travaillent sur la phonétique. Le son permet d’aborder l’émission différemment.

Rebeka Warrior: L’album de Kompromat était tout en allemand. Je vois bien que l’allemand est une langue qui se chante très peu, c’est très droit, presque parlé. Alors que revenir au français ou l’italien me permet plus de lyrisme.

Mansfield.TYA – Ni morte ni connue

Auf Wiedersehen est sorti en décembre, un clip, ou plutôt avec un court métrage. Vous revendiquer ce clin d’oeil à Mylène Farmer pour Libertine

Rebeka Warrior: Mylène Farmer, c’est très populaire et elle nous a bercées Carla et moi quand on était ado.

Carla Pallone: C’est peut-être le seul truc un peu commun avec Niagara ahah.

Rebeka Warrior: C’était quand même une grosse claque à l’époque ce qu’elle proposait en terme de musique à l’image et ça nous a marquées. On a pris la relève. Mylène 2.0. Une suite à Auf Wiedersehen est prévue pour la rentrée de septembre avec toujours Nicolas Medy à la réalisation.

Mansfield. TYA – Auf Wiedersehen

Vous aviez sorti décembre toujours une playlist « studio inspiration » sur spotify où l’on retrouvait par exemple Adult., Tuxedomoon, Boy Harsher. C’est quoi vos titres du moment?

Sélection Mansfield. TYA février 2021

L’album sort demain (sorti le vendredi 19 février). C’est un peu le matin de Noël? Vous allez faire quoi?

Rebeka Warrior: C’est un peu triste parce qu’on ne va pas pouvoir fêter ça. On ne peut pas tous se réunir. Fanfan des Bérurier Noir est à Lyon, Odezenne sur Bordeaux et nous à Paris. On va attendre les premières dates pour célébrer.

Carla Pallone: Oui sans eux, c’est une demie release. On a très envie de rassembler tous les gens qui ont fait cet album.

Grosse tournée en préparation avec plus de 26 dates prévues sans que l’album soit sorti. C’est une marque de confiance absolue du secteur musical. Niveau scénographie vous êtes toujours entourées des mêmes personnes que pour Kompromat?

Rebeka Warrior: Oui, Jean-Maxence Chagnon qui a fait la scèno et c’est la première fois qu’il bosse pour nous sur ce projet Mansfield. Il a fait quelque chose qui est très adapté au groupe. On a eu l’occasion de la monter qu’une fois à La Sirène en résidence, c’est très beau et on est pressé de le refaire.

Parce que même dans le noir le plus total, l’humain peut y percevoir de la couleur. Toutes deux ont réussi à transposer cette luminosité au coeur de nos tourments, à l’image de ce que nous traversons.

Retrouvez Mansfield. TYA sur Youtube, Facebook, Bandcamp et chez tous vos disquaires locaux préférés.

Ecrit par :

Roxane Puthontheredlight / J’aime chiner les pépites dans les 1ères parties et les petits festivals underground. Toujours au taquet sur le dancefloor, on me trouve la plupart du temps devant la scène.
Chroniqueuse de charme pour les Sunday Morning et les lives reports.

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