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El Michels Affair, bande originale

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Temps de lecture : 3 min

Un sacré casting se cache derrière ce projet. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album Adult Themes le 8 mai dernier, on va se plonger dans leur discographie.

El Michels Affair c’est un groupe de Brooklyn, fondé par Leon Michels, 38 ans, multi-instrumentiste (sax, claviers …), producteur.
Les autres membres sont des grosses pointures jouant dans différentes formations new-yorkaises comme Budos Band, Menahan Street Band, Antibalas, Connie Price and the Keystones, The Dap-Kings, Breakestra. Rien que ça !

Parmi eux : Thomas Brenneck (guitare) ; Todd Simon et Michael Leonhart (trompettes) ; Nick Movshon (basse) et Homer Steinweiss (batterie) qui sont aussi connus pour leur travail avec Amy Winehouse et Mark Ronson, et en tant que membre de The Arcs.

Revenons au CV impressionnant, et aux projets tous azimuts de Leon Michels.

Leon Michels

photo KCRW

Premier groupe, au lycée à 16 ans : The Mighty Imperials du funk dans le style des Meters, un album Thunder chicken (2001) pour ses 18 ans. Ses compères Nick Movshon (basse) et Homer Steinweiss (batterie) sont déjà de la partie. C’était très prometteur :

Il commence à tourner avec Sharon Jones & the Dap-Kings, l’aventure dure 7 ans. Une période pendant laquelle il compose ses propres morceaux, crée son groupe El Michels Affair, avec un premier album d’instrumentaux Sounding out the city (2005). C’est la première sortie du label Truth & Soul, qu’il a cofondé. Sur une base de Soul, de musiques de films des 70’s, plein d’influences se mêlent, il nomme ce style Soul cinématique.

Shaolin soul !

Le groupe est repéré et choisi pour accompagner Raekwon, le rappeur du Wu-Tang Clan sur scène. La mayonnaise prend et d’autres rappeurs du Wu-Tang font appel à eux.

Ces expériences débouchent naturellement sur l’album qui fera leur renommée : Enter the 37th chamber (2009), clin d’œil au premier album Enter the 36th chamber du Wu-tang. Des reprises, plutôt des réinterprétations 100% instrus soul funk de titres du collectif devenu culte. Le projet est une réussite, un gros carton. Mise en abyme assurée : rejouer en versions soul des titres qui eux-mêmes samplaient énormément la soul des 60’s et 70’s. Courez écouter les compils Shaolin Soul pour retrouver les pépites d’origine, un exemple dans notre Sac à Samples sur le titre CREAM.

Double mise en abyme même puisque des titres d’El Michels Affair sont samplés à leur tour par des rappeurs comme Ghostface Killah, Just Blaze, Jay-Z, J Dilla, J.Cole, Kid Cudi

Hyper-activité

La même année le groupe sort un EP hommage constitué de covers d’Isaac Hayes. Comme si ça ne suffisait pas, Leon Michels cofonde Menahan Street Band, le groupe qui va accompagner Charles Bradley. Il produit l’album Good Things (2010) d’Aloe Blacc et son tube planétaire I need a dollar. Il avait écrit aussi un titre pour le premier album d’Adèle en 2007…
Ensuite il est appelé en tournée par les Black Keys qui l’avaient remarqué pour son travail de production pour l’album My wolrd de Lee Fields & the Expressions (2009).

Cette collaboration lui en apporte d’autres en cascade : Dr John pour le très bon LP Locked down (2012), Lana Del Rey pour Ultraviolence (2014)… De plus l’entente est telle avec Dan Auerbach des Black Keys que ce dernier fait appel à lui pour son nouveau projet psyché rock The Arcs (2015).

En 2016 Leon Michels cofonde son deuxième label Big Crown Records sur lequel il va produire Lee Fiels, Lady Wray entre autres. Hors label il est appelé à collaborer avec Beyonce & Jay-Z, Chicano Batman, Hanni El Khatib

Back to Wu-Tang !

En 2017, retour au répertoire du Wu-Tang avec l’album Return To The 37th Chamber. El Michels Affair continue à explorer l’immense répertoire de la galaxie Wu-Tang. Mais cette fois ils vont chercher aussi au-delà des tubes, dans le répertoire solo de différents membres. Comme par exemple : Iron Man une cover de Ghostface Killah.

Nouveauté : des vocaux sur plusieurs titres avec en invités de marque Lee Fields et Lady Wray. Comme Snakes une super cover de Ol’Dirty Bastard, ou Tearz (pour lequel les Wu-Tang avaient utilisé un énorme sample de After laughter come tears de Wendy René).

Une réussite car on est loin d’un banal album de reprises. Les titres sont réinterprétés à la sauce Michels, à savoir ce savant mélange de Soul et de B.O 60’s et 70’s (John Barry, John Carpenter, François de Roubaix, David Axelrod…), annonciateur de leur travail futur.

En 2018 un petit intermède bollywoodien bien senti avec le single Unathi. Au chant, Piya Malik du groupe 79.5 du label Big Crown :

Adult Themes

15 ans après leur premier album sort donc ce mois-ci Adult themes, avec exclusivement des compos originales. Un des deux singles qui avaient précédé la sortie, « Enfant », avait de quoi dérouter. Flûte traversière, guitare acoustique, cœurs susurrés des Shacks (autre groupe du label Big Crown), on se demandait si l’album allait sonner comme une B.O. de film érotique des années 70, trop easy listening.

On a eu une petite hésitation mais l’autre single Rubix puis une écoute de l’album entier nous a vite convaincus. Le groupe joue avec les doubles sens, alternent les titres clairement érotiques avec d’autres plus sombres, plus tendus dans un registre plus proche de leurs précédents opus shaoliniens.

Donc non, ce n’est pas juste un disque de chambre à coucher (ça peut le faire quand même). Mais c’est un disque propice à la rêverie, à l’invention de son propre film qui collerait à cette BO imaginaire. Chaque écoute peut apporter sa nouvelle version alors laissons-nous aller, évadons-nous sur ces thèmes pour adultes.

Photo de couverture : Agnès Lortho

Ecrit par :

Jérome Pifunk / Chroniqueur : Sunday Morning, Playlists du lundi. Et mon petit kif, préparer et animer les Soundclashs sur notre page Facebook tous les mercredis à 11h! Co-animateur de notre émission radio sur Raje.

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