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Photo de couverture article: "Denise Chaila, battante"

Denise Chaila, battante

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Temps de lecture : 3 min

La disette de voyages se prolonge mais on va partir quand même. Destination l’Irlande pour du hip hop. Il faut avouer que l’association des deux ne paraît pas évidente. Mais comme on est curieux, on va faire connaissance avec la rappeuse Denise Chaila. Son premier album Go bravely sorti fin 2020 sur le label Narolane est une belle surprise !

Du hip hop irlandais

Née en Zambie, elle a quitté ce pays avec ses parents pour Dublin lorsqu’elle avait 3 ans. Son père médecin s’était vu offrir un poste là-bas. Elle se sent isolée, en manque de repères, elle vit difficilement sa double identité noire et irlandaise. Elle passe une bonne partie de son temps à lire et écouter de la musique (Prince, Lauryn Hill). La famille s’est ensuite installée à Limerick. C’est là qu’elle fait des rencontres décisives, se lance dans la poésie, le spoken word, puis le rap en 2012.

Premier featuring en 2016 sur un titre du groupe de hip hop Rusangano Family. Elle se produit régulièrement sur scène avec eux. Leur album Let The Dead Bury The Dead rencontre un joli succès en Irlande. Rusangano Family est un trio aux origines variées (Zimbabwe, Togo et Irlande).
Du hip hop aux sonorités Soul, electro, à découvrir. Un exemple avec ce clip :

D’après Denise, historiquement la scène hip hop irlandaise est très soudée pour résister à un complexe d’infériorité sur le fait de rapper avec un accent irlandais sur des sujets irlandais. Cette identité est même selon elle un atout, peu importe de rencontrer un succès extérieur à l’Irlande tant qu’on reste soi-même. D’où l’idée de fonder avec d’autres artistes leur propre label Narolane, pour une totale indépendance.

Montée en puissance

Denise sort son premier EP, en 2019. Sur le titre Duel citizenship , elle s’exprime sur sa double identité et la difficulté de se faire une place dans une société très traditionnelle et mono-culturelle. Sur l’autre titre Copper Bullets, elle s’en prend à la misogynie du rap et rejette le fait d’être étiquetée « female MC » alors que les hommes sont appelés MC tout courts et pas « male MC ». Elle ne veut pas non plus être reléguée au rôle de la fille mignonne qui fait du rap mignon. Ce qui compte pour elle, c’est d’être la meilleure possible (homme ou femme peu importe) et pour arriver à ça, pas de secret, ce sont des heures de travail.

Le fameux acteur Cillian Murphy (Thomas Shelby de Peaky Blinders entre autres) l’interviewe et présente sa musique dans son émission sur BBC Radio 6.
Pendant le confinement en mai 2020, Denise est aussi l’une des artistes choisis pour une série de concerts à distance tournés dans le musée National Gallery de Dublin.

Malheureusement la notoriété grandissante s’accompagne de flots de tweets racistes. Et ça, Denise a du mal à le supporter mais elle continue à avancer en répondant dans ses textes. Elle espère contribuer à faire tomber les barrières en affirmant toujours aussi fort sa double identité. Voici le clip de l’excellent single Anseo qui signifie « Ici » en gaélique avec un feat du rappeur irlandais Jafaris. Elle s’y décrit non sans humour comme une James Bond noire, une Pharaonne, une Sailor Moon remixée par Fela. Avec un « c’est moi » en français dans le texte… Un titre à retrouver aussi dans notre playlist Des fourmis dans les jambes.

Dans le titre « Chaila », elle s’amuse sur le fait que certains ne parviendront jamais à prononcer son nom. Version live au musée :

Battante et combattante

Comme l’indique le titre de l’album Go bravely, Denise avance fort, n’hésite pas à avoir des textes engagés socialement. Mais elle évoque aussi des thèmes plus intimes comme la lutte pour sortir de dépression, pour gagner en confiance en soi, réussir à s’accomplir artistiquement. On sent cette énergie sur le titre « Can’t stop me here ».
Son objectif est d’aller le plus loin possible, de toucher les gens au maximum, jouer devant des publics nombreux et pourquoi pas écrire pour Beyoncé.

Ces textes empruntent aussi de nombreuses images aux mythologies, à l’heroic fantasy pour illustrer la bataille à mener pour continuer à faire vivre nos rêves. Mais aussi pour lutter contre les stéréotypes en s’appropriant ces univers et en jouant du contre-pieds. Elle déclare : « Pourquoi devrais-je être la princesse ? Parfois, je veux être le dragon ou votre James Bond noire. Je n’ai pas à habiter un espace féminin, je veux être libre. » Elle aime dire qu’elle cherche un dénominateur commun entre Tolkien et 2Pac.

Son flow est très influencé par le style spoken words, avec des accélérations fulgurantes. Quelques incursions au chant plus R’nb comme sur Pieces.
Les instrus sont variés. Synthétique lorgnant vers le trap comme sur « Holy Grail » ; jazzy soul (« All that », « Go bravely ») ; minimalistes mais efficaces basées sur des accords de piano comme sur Anseo ou Move, ou de guitare (« Ri ra » aux influences plus ragga).

Pour conclure et se donner une idée de la version scénique, un petit quart d’heure de live sans public malheureusement, réalisé en janvier dernier :

En attendant de monter sur scène, elle a pour projet de retourner en studio. Très intéressée par la scène Grime anglaise, elle aimerait rencontrer des artistes comme Kano, Lioness … et pourquoi pas collaborer avec eux. A suivre !
On est séduit par la musique, le flow, l’univers et l’énergie de cette artiste. On espère que vous le serez aussi.
Vous pouvez suivre Denise Chaila sur son Bandcamp.

Photo de couverture : Agnès Lortho

Ecrit par :

Jérome Pifunk / Chroniqueur : Sunday Morning, Playlists du lundi. Et mon petit kif, préparer et animer les Soundclashs sur notre page Facebook tous les mercredis à 11h! Co-animateur de notre émission radio sur Raje.

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