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C’est arrivé près de chez vous : Parcours secrets

Je me retrouve à Aulnoye-Aymeries dans le Nord à 1h de Lille pour la 18ème édition des Nuits Secrètes (26-27-28 juillet 2019). 54000 festivaliers, 70 concerts en 3 jours,  3 scènes et des lieux secrets. 


J1 On est chaud 

Vendredi, 19h, 3h de queue m’attendent et un sac à dos plus lourd que moi à trainer. Bonne occasion pour débuter l’apéro ! L’ambiance est conviviale et chaleureuse, je discute avec des habitués du festival en sirotant quelques bières et du rhum.

Ça parle du concept, des éditions précédentes, des festoches de la région, et cette question toujours : vous avez prévu d’aller voir quoi sur les 3 jours ?

Les prix sont vraiment soft : le pass acheté à l’arrache est à 90 balles, 5e une pinte de Cadette, des foodtrucks avec de la bouffe locale, des bénévoles qui viennent te demander si tu passes un bon moment pendant l’attente…respect ! 

23h30 : Sésame obtenu et cashless chargé à bloc, on lâche la 2 secondes et let starts avec Hot Chip sur la scène de l’Eden, ancienne usine réhabilitée. 

Dès les premières notes c’est la fièvre sous la boule à facette. 

Fatiguée par la journée, je la joue safe et rentre tranquillement à la tente.


J2 Night fever

Après une douche bien méritée et un débrif de la soirée on décide de s’extirper du festival pour aller dans un parc naturel situé à quelques kilomètres de là, histoire de profiter de la magie du pays avesnois.

Frites sauce ch’ti avalées, on rentre pour assister au premier concert de ma must see list : Léonie Pernet

Léonie Pernet signe son 2ème album sur l’excellent label InFiné (même label qu’Apparat, Danton Eeprom et Rone) et nous communique son énergie. Le duo oscille entre batterie, clavier et chant avec une facilité déconcertante, de la poésie mélancolique sur fond d’électro pointue. 

19h45 : On enchaine sur le set de Flavien Berger, et là je dois dire, rien d’inattendu mais toujours aussi bon! On ne se lasse pas de son univers décalé mis en abîme par ses fantômes tournoyants. Le public est en feu, la fête noire nous emporte tous. 

Ravitaillement et on continue avec Sleaford Mods que j’attendais avec impatience. Le duo anglais électro-punk nous offre un show remarquable grâce aux textes engagés d’un Jason Williamson chauffé à mort, balançant son plus beau french cancan.

On finit la soirée par 3 cadors : Paul Kalkbrenner que j’avais pas vu depuis au moins 10 piges lors d’une Nuit Rouge à Marseille, Dima (projet parallèle de Vitalic) qui reviendra demain avec Rebeka Warrior pour le duo Kompromat (j’en ai déjà l’eau à la bouche) et ONYVAA.

ONYVAA, ça cogne très fort ! Arrivée il y a peu dans le game techno en France, cette californienne productrice et fondatrice du label Passeport Records influencée par la scène de Détroit surchauffe la foule avec des nappes électro lancinantes jusqu’à 4h du mat’. 



J3 LA CREME DE LA CREME

Café – Croque Maroilles enquillés, avec ma partner in crime on se cale aux jeux créent par les bénévoles pour la 1ère année.

C’est une super initiative quand on sait que les concerts commencent à 17h pour la plupart. L’année prochaine ils étendront sûrement ce concept. Je perds à la bataille navale – 1er cul sec de la journée- rhum-pong avec des gars au camping – il est 14h et la journée va être hard. 

On va faire un tour à Blick bassy  sur la grande scène. Il nous explique l’histoire du Cameroun avant de débuter tout en douceur sa chanson 1958 issue de son nouvel album éponyme. Une invitation au voyage, à la méditation, manque plus que des transats ! 

Je revois ensuite La Fat White Family déjà vu au TINALS à Nîmes cette année, suivi de Metronomy, plus attendu qu’un cadeau sous le sapin aujourd’hui. Big up aux orga du festival qui ont lancé un tirage au sort pour les rencontrer (j’avais jamais vu une telle initiative sur un festival, bravo !). 

21h10 : Thylacine, c’est typiquement le genre de gars qu’il faut absolument découvrir en live! Ce geek musical a récemment composé un morceau complètement barré avec des prises de son faites au château de Versailles.

Avec un second opus Roads vol.1 sorti en 2019 chez Intuitive Records, Thylacine poursuit ses explorations musicales et nous fait voyager en Amérique du sud après la Transsibérie en 2015. Il nous livre un set très planant, accompagné de visuels de road trip dans des contrées désertiques, un ensemble très cohérent. 


Je change radicalement d’atmosphère et fonce front stage pour voir Structures.

J’ai une affection particulière pour groupe post-punk amiénois en accompagnement artistique à la SMAC la Lune des Pirates. Les 4 membres survoltés commencent leur set list par Long Life, issu de l’album du même nom.

Ils commencent vraiment à tourner un peu partout et on comprend pourquoi : le chant à la Joe Strummer, les rifs de Joy Division, la sauce prend. Ça sent la sueur, la bière et je mange les cheveux de mon voisin tellement son headbang est violent. 

23h30 : Sur la scène de l’Eden, une enseigne lumineuse écrite en russe. C’est Kompromat (= dossier compromettant en russe) qui arrive pour tout retourner !

En vrai tout ce que Vitalic et Rebeka Warrior touchent de près ou de loin déchire. On attendait vraiment que le duo se reforme après La mort sur le Dancefloor en 2012 (album Rave Age de Vitalic).

Rebeka incarne parfaitement son personnage de guerrière punk, chantant en allemand avec force ; Vitalic, aux synthés analogiques, nous envoie des beats EMB comme il en a le secret. C’est mon gros coup de cœur du festival.


 J+1 Le debrief

Il y a eu des petits couacs dans l’organisation mais qui ont vite été rattrapés par des équipes bénévoles de choc. Il serait intéressant pour éviter l’attente à l’entrée, d’envisager la possibilité de retirer son pass en avance (pratique pour les locaux), ou encore concevoir une entrée dédiée aux campeurs en plus des files normales.

Sinon rien à redire pour ce festival qui je le rappelle n’a pas les moyens humains et financiers d’un Dour ou Rock en Seine, c’est ce qui fait également son charme.

J’espère que les activités développées cette année seront réitérées l’année suivante à plus grande échelle (espace jeu/ divertissement) en collaboration peut-être avec une association de jeux, ou en proposant des jeux locaux.

Etant de plus en plus réfractaire aux grosses machines de festival, aux festivals hyper capitalistes où on est perdu dans cette foule anonyme, j’ai envie d’encourager, défendre et continuer à fréquenter ces évènements où la musique est encore une fête.

Foncez donc juillet 2020 aux Nuits Secrètes pour une programmation éclectique et de qualité, avec de grosses têtes d’affiche sans payer un prix fou, des bénévoles tous sourires, de l’espace pour danser et s’exprimer !

C’est ça qu’on veut  et c’est ça qu’on aime !


Photos: Jules Guillemoto et Roxane Putontheredlight

Texte: Roxane Putontheredlight